FOTO/GRÁFICA : carnets de BAL

Chez Strabic, on ne parle pas assez photo. Ce n’est pas faute de bonne volonté ni même de curiosité. Expositions et publications de qualité ne manquent pas, on en visite, on en consulte. Avec le dernier accrochage du BAL, “FOTO/GRÁFICA”, nous ne pouvions pas décemment rester muets plus longtemps.

Sous l’égide de Horacio Fernández, son commissaire, l’exposition en cours se lance dans “l’exploration d’un territoire jusqu’ici inconnu, non cartographié, celui des grands livres de photographie édités depuis un siècle en Amérique latine”. Au menu, une collection de rares ouvrages, des tirages originaux, divers projets éditoriaux. “Histoire et propagande”, “photographie urbaine”, “livres d’artistes”, “littérature et photographie” ou encore “livres contemporains” sont autant d’axes qui nous permettent d’entrer en profondeur, et avec un grand étonnement, dans cette thématique ultra spécialisée qui a priori pouvait ne pas nous toucher.

Exposer des livres, on le sait, n’est pas chose aisée. On est souvent frustré de ne pas pouvoir toucher et feuilleter, de ne pas pouvoir tout voir. Là encore, le BAL s’en sort très bien. Certes, de nombreux ouvrages sont présentés in vitro, mais les organisateurs de l’exposition ont fait l’effort de trouver plusieurs exemplaires de certaines publications pour en donner de multiples aperçus. Quand cela était vraiment impossible, le BAL a pris le temps de numériser quelques œuvres incontournables et projette ces livres ouverts (et non pas seulement les images publiées), page après page, nous laissant le loisir d’apprécier la qualité des confrontations entreprises, le grain du papier utilisé, le type de reliure, etc.

On retiendra notamment la brillante coopération entreprise à la fin des années 1950 entre le graveur nord-américain Eugene Feldman et le designer graphique brésilien Aloísio Magalhães, aboutissant à la publication de Doorway to Brasilia (1959), compte-rendu sensible de la germination de cette capitale signée Niemeyer et Costa.

De même, le livre d’artiste Sin saber que existias y sin poderte explicar (1975) d’Eduardo Terrazas et Arnaldo Coen mérite un long moment de contemplation. Inventaire d’objets trouvés, photographiés en noir et blanc puis savamment imprimés pleine page en cyan, magenta ou jaune, ce catalogue mène clairement le BAL.

Foncez au 6 Impasse de la Défense (Paris 18e) avant le 8 avril prochain, et esquissez quelques pas de danse entre ces beaux livres.

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