Hackons Le musée !

Museomix ? Vous en avez beaucoup entendu parler, votre compte Twitter a explosé, mais vous n’avez pas tout compris ? Une de nos envoyées spéciales a testé pour vous.

Le week-end dernier (11, 12 et 13 novembre 2011), le Musée des Arts Décoratifs a accueilli Museomix, expérience de re-création muséale qui rassemblait des designers, des bloggeurs, des médiateurs, des technophiles mais surtout des amateurs. Le résultat de ces projets marathons un peu fous montés en 72H dans les coulisses du musée a été présenté au public le dimanche après-midi. Ce week-end de création collaborative a rassemblé 73 personnes sélectionnées parmi 150 volontaires, réparties en petits groupes et accompagnées par plusieurs co-organisateurs : la joyeuse bande de museogeeks de Julien Dorra, Samuel Bausson, Diane Dubray, Nod-A, mais aussi le groupe Knowtex (pour le soutien éditorial), et Erasme (pour l’accompagnement technologique).

Jour 1 : Un musée laboratoire, ouvert

Vendredi 11 novembre au petit matin, rendez-vous dans la Salle des Boiseries où ont été installées d’énormes chambres à air, comme autant de sofas. À l’entrée, on me remet un badge avec cordon orange, estampillé « design ». La couleur des cordons détermine des compétences éventuelles : voilà matière à rencontre en attendant l’ouverture officielle de ce long week-end !
Lors du rapide speech de présentation des organisateurs, le mot d’ordre est lancé : sortir le visiteur du musée à « logique vitrine » en lui offrant la possibilité d’un « regard augmenté ». Douze espaces du musée, sélectionnés par les conservateurs, nous ont été prêtés. À nos côtés, des muséopropulseurs, personnes désignées comme « passeurs dans la réalité muséale » et chargées de nous orienter, nous boosteront pendant ces trois jours. Chaque intervention est résumée pour les participants à distance, qui suivront les avancées de nos projets par feed-back sur tweeter et facebook : « Museomix est aussi un évènement web ! ».

« J’ai toujours rêvé de faire l’amour au musée »

Un micro circule dans la salle et je livre ici à la volée les premières intentions des museomixeurs. À ma grande surprise, on retrouve en premier chef les éternels dégoûtés : « Moi, je trouve que les musées sont trop figés, un peu poussiéreux, un peu chiants… ! ». Il y avait aussi les perturbateurs : « Mon rêve avec Museomix c’est de faire carrément danser les gens dans les salles, de faire bouger les visiteurs dans les œuvres, de les faire s’éclater : un musée pour s’amuser ! », les provocateurs : « Je vais vous dire très simplement : mon rêve, moi, c’est de faire l’amour au musée », les frustrés : « Je veux toucher les œuvres, sentir les œuvres, m’asseoir dessus… », et les réalistes : « Je veux simplement que les visiteurs gardent un bon souvenir de leur visite au musée, mais aussi qu’ils aient appris des choses ! »

Julien Dorra annonce la couleur : « Avec Museomix, qu’est-ce qu’on va faire ? Eh bien en fait, on ne sait pas ! » L’aventure commence toutefois avec deux visites. D’abord, nous suivons une conférencière pour approcher les salles qui seront le lieu de nos expériences : « Et voilà ! C’est moi que vous allez chercher à remplacer avec vos dispositifs ! »
Ensuite, nous passons à la bibliothèque, où nous installons notre QG.

Un fablab au cœur du musée

De nombreuses technologies sont mises à notre disposition : canons à son, panoplans, cartes d’appareil photo Eyefi, dispositif Kinect, Navinum, écrans museotouch, système Pupp Art, système de mapping vidéo, mais aussi composants arduino et machines à souder, découpe laser, imprimante 3D, découpe vinyle… un fablab entier au cœur du musée, avec techniciens et bidouilleurs disponibles pour nous.

Vient alors le fameux moment du « Bingo » : les participants lancent des propositions pour constituer des groupes et convaincre le plus rapidement possible au moins huit autres personnes de rejoindre leurs projets.
Chaque groupe est baptisé instantanément : les Fennecs Lettristes, les Lamentins Rococos, les Lémuriens Néo-pop, les Cachalots Pointillistes… et doit pour être validé rassembler des compétences définies (c’était pour ça, les badges colorés !) : code, bidouille, innovation techno / médiation, scénographie, curation / blog, contenu, communication web / créatif ou designer.
Je rejoins assez vite l’équipe des Lémuriens Néo-pop, dont un des participants amène avec lui une « brique technologique », Navinum. C’est un système de badge RFID confié au visiteur pour qu’il soit identifié dans sa visite selon son profil pour retrouver son parcours sur le web ou créer des discussions personnalisées sur des expériences de visites.

La salle que nous choisissons est celle située tout en haut, « les assises du siège contemporain ».
L’après-midi sera consacrée à la mise en route du travail équipe par équipe dans la bibliothèque du musée, bien plus bruyante et animée qu’à l’ordinaire !

Légos, vidéoprototypes et feedback

Tous les jours, nous avons joué le jeu des « vidéoprototypes », c’est à dire des courtes séquences filmées en un seul jet pour expliquer en une minute ou deux nos intentions. Armé de Legos et de bouts de papier, chaque groupe a bricolé comme il a pu pour donner une idée de ce qu’il voulait faire vivre aux visiteurs le dimanche.
À ce propos, Julien Dorra explique : « Le vidéoprototype, ça créé une émulation commune dans les équipes, une vision commune le premier jour… puis plus précise le deuxième jour et enfin le troisième jour c’est une sorte de document, une trace à laquelle les gens pourront se référer. C’est un prototype public, pour que les gens réagissent et se disent "Ah ouais, votre projet ça a l’air génial, mais on pourrait faire comme ça, avec des nouvelles technos…" ».

Jour 2 : Une course vers le réel

Le second jour commence et avec lui un premier retour à la réalité. Des conservateurs du musée passent de table en table pour discuter avec nous des possibilités par rapport aux contraintes de conservation des objets et des œuvres, et les objectifs de « contenu » nécessaires pour éviter de simplement proposer un grand jeu dans les collections. Nous nous rassemblons pour préciser à nouveau quel serait le dispositif et le scénario possible : notre volonté est que chaque visiteur puisse tester virtuellement les chaises exposées via une interface de sélection tactile. Le scénario doit pouvoir être réel dès le lendemain !
Le plus difficile à ce stade est de veiller à ne pas prendre cette expérience comme prétexte à débauche de nouvelles technologies.
L’intérêt d’une expérience de co-conception en accéléré, c’est la proximité directe de toutes les compétences nécessaires à la réalisation d’un vrai projet. Il y a un raccourci direct entre le besoin, le manque, et la réponse. Museomix était une forme de luxe à ce niveau-là : « On a besoin d’un écran 20 pouces tactiles, vous en avez en stock ? - Oui, pas de problème ! On bloque un 20 pouces pour les Lémuriens ! »

Museomix, c’est une course. Samedi, à 22h, rien n’est encore fini et pourtant le lendemain tout doit être bouclé et installé pour 15h.
Selon Julien Dorra, cette contrainte de temps est une des conditions indispensables pour la dynamique de l’expérience : « L’intérêt du temps limité, du sprint et de l’itération, c’est qu’on sait combien de temps on a : c’est limité, mais ce n’est pas un rush. Je fais toujours la différence entre le rush, où on vous dit "Ah dites donc, là il y a cinq heures de boulot à rendre pour dans deux heures !", et un sprint, où tu sais exactement combien de temps ça va durer, et tu crées en fonction de ça. C’est une contrainte, mais ce n’est absolument pas un empêchement ».

Jour 3 : Le crash test

Matinée du troisième jour : après récupération et installation du matériel, tout ou presque repose entre les mains de notre programmateur, qui se charge de vérifier la bonne connexion entre notre interface de choix du siège, le dispositif d’identification Navinum… et notre poste de prise de photo des visiteurs avec détourage automatique et incrustation sur le siège choisi, le tout vidéoprojeté.
Oui, on aurait pu faire plus simple, mais le temps nous a manqué pour affiner vraiment le dispositif et calmer notre inévitable frénésie numérique. L’écran multitouch Museotouch fonctionne parfaitement avec notre interface de sélection, le parcours est intriguant pour les visiteurs de passage.
Notre proposition aura été difficile à faire fonctionner de manière fluide pendant toute l’après-midi, mais peu importe : les visiteurs étaient là, et notre récit de l’expérience museomix a peut-être suffit pour partager avec eux quelque chose de l’esprit de notre week-end.
Dans les autres salles, des gens dansent et animent le corps projeté de Loie Fuller, sont surpris par des chuchotements, manipulent des objets et récoltent des informations sur ce qu’ils voient...

Au cocktail de clôture, Julien Dorra expose son avis concernant l’approximation de certaines installations : « Je n’ai aucune déception ! Le but c’était d’être exemplaire, d’arriver à un prototype. Ça a de la valeur, en soi ! Ici, on pouvait faire cette première expérience, mais on était accueillis pour un temps donné, très court. Bien évidemment on a envie de faire un nouveau Museomix en 2012, qui reparte de ces prototypes mais qui soit quelque chose qui reste peut-être pour plusieurs semaines dans le musée… ! »
Museomix est une affaire à suivre donc. Les vidéos finales des présentations de chaque projet réalisées par les équipes elles-mêmes devraient être en ligne peu à peu cette semaine.

Pour aller plus loinhttp://www.livestream.com/lachambre...Museomix en dix moments rigolos15 dispositifs technologiques pour une expérience muséale augmentée par Audrey BardonLe « musée-Légo » par Samuel Bausson

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