Roller Derbitch
identités hétérogènes

Écrit et illustré par Juliette Ducrocq, à l’École Supérieure d’Art des Pyrénées.

« J’aime le fait que ce soit un sport alternatif. C’est l’intérêt du truc. Les derby girls, c’est comme des Fifi Brindacier sur patins à roulettes : marrantes, espiègles, et super-costaudes ! »
— England’s Glory, joueuse chez les Salt City Derby Girls

Le roller derby est un sport de contact se pratiquant en patins à roulettes sur une piste ovale. Né dans les années 1930 à Chicago, le roller derby a eu une popularité assez variable jusqu’aux années 2000 où un regain d’intérêt lui a permis de s’étendre en dehors des États-Unis.

C’est un sport majoritairement féminin et qui le revendique haut et fort : les noms des ligues ou des équipes ne laissent pas de doute : des Roller Girls aux Roller Dolls en passant par toutes sortes de Roller Dames, ce sport laisse peu de place aux équipes mixtes ou masculines.
D’ailleurs la question de la dénomination est importante autant pour le nom de l’équipe et de la ligue que pour les surnoms des joueuses : chacune choisit le sien en fonction de ce qui la définit, à la fois dans la vie de tous les jours et sur la piste.

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Le roller derby tire ses inspirations de ce parallèle entre féminité et féminisme : punk-rock, rockabilly, pin-up et horror movies sont des références déterminantes dans les choix graphiques et stylistiques des équipes. C’est comme ça que fonctionne le roller derby : du sport, des filles en mini-jupe et collant résille, des coups d’épaule dans le sternum, des surnoms évocateurs voire provocateurs, de l’humour, des cuisses pleines de bleus.

« C’est le seul sport où le public s’intéresse davantage aux équipes de femmes. Nous sommes des dures mais nous restons très féminines. Le roller derby nous rend plus fortes et nous permet d’exprimer notre féminité. Si on est du genre garçon manqué, les filles de l’équipe nous pousseront à mettre une jupe et à être plus sexy. Au contraire, si on est une fille délicate et très “girly”, le roller derby va nous endurcir. »
— Babe Ruthless, 27 ans, meneuse des Hustlers (Austin, Texas)

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La ligue des Gotham Girls Roller Derby (New-York) étant établie depuis plus de dix ans et issue du berceau du Roller Derby, les États-Unis, il était tout naturel qu’elle s’inspire des codes de ce sport, qu’elle se les approprie pour fonder son identité : style rockabilly et maquillage de combat.

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D’autres équipes misent sur un côté plus effrayant, un maquillage dégageant une certaine agressivité et faisant appel à l’esthétique des films d’horreur ou des séries B, une identité misant davantage sur la provocation que sur la féminité.

Les Rat City Rollergirls (Seattle) tirent leur identité de cette culture-là : le style vestimentaire de l’armée, des accessoires provocateurs et un maquillage menaçant.

Les différentes ligues de roller derby sont marquées par ces héritages de la culture américaine mais chaque équipe tente néanmoins de s’approprier les symboles qui lui correspondent le plus, de la pin-up de Nose Art au poing américain. Cette disparité donne un intéressant mélange de références populaires glanées au bon vouloir des équipes pour être détournées et adaptées à la mentalité des joueuses qui les constituent.

« Par le biais de ta personnalité, ta tenue, tu peux jouer sur des traits de caractère et revendiquer ce que tu es vraiment, ce qui te tient à cœur. C’est pour ça que tout le monde peut se reconnaître dans cet univers. »
— Charlotte, 29 ans, alias Karla Karschër

Certaines équipes plus récentes, notamment celles qui se sont développées en Europe, sont moins imprégnées de cette culture. Elles conservent malgré tout quelques attributs tels que le mini-short ou la mini-jupe, les collants ou chaussettes hautes, etc.

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Une grande partie des aspects de la culture punk restent également assez présents, que ce soit les symboles (plusieurs équipes se sont inspirées de groupes de musique punk ou rock pour dessiner leur logo) ou l’idéologie même puisque le roller derby est un sport non-reconnu qui est présent davantage dans les milieux underground que sur le devant de la scène.

La Boucherie de Paris, une équipe française, a développé une identité plutôt sobre dans ses tenues et beaucoup plus travaillée dans son graphisme. Lors des matchs, les membres portent un maillot aux couleurs de l’équipe qui leur confère un look plus sportif – les tenues sont moins sexy et sont faites pour être confortables lors du jeu – et beaucoup moins agressif que la plupart des équipes américaines. Les maquillages sont toujours présents quoique beaucoup plus discrets que dans les autres équipes.

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L’évolution de l’esthétique du roller derby montre une volonté de se distinguer auprès des institutions sportives afin d’obtenir une reconnaissance, voire un soutien, pour les différentes ligues et pour ce sport en général et de s’éloigner de l’idée de "spectacle" qui lui colle à la peau.

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