La meilleure école du monde

Article écrit par Eva Ruaut.

Connue pour être traditionnellement en tête des classements internationaux de systèmes éducatifs, la Finlande concentre les attentions : quelle recette derrière la réussite de ses élèves ? L’exposition qui se tient actuellement à l’Institut finlandais, La meilleure école du monde, affirme détenir au moins l’un des ingrédients essentiels : l’architecture.

Ce sont en effet sept établissements scolaires, plans, photos et maquettes à l’appui, qui y sont présentés. Le visiteur est invité à découvrir autant de lieux "pensés pour apprendre". Vastes espaces, matériaux contrastés, lumière travaillée... un brin "catalogue IKEA" ? Au-delà de l’esthétisme, quelles sont les spécificités de ce système nordique ?

Ci-dessus : École de Strömberg, Kari Järvinen et Merja Nieminen, Cabinet d’architectes SAFA, Helsinki 2001, photo Arno de la Chapelle. Ci-contre : École de Hiidenkivi, Cabinet d’architectes Häkli, Helsinki 2005, photo Jussi Tiainen.

Tous conçus dans les années 2000, ces sept projets ne peuvent à eux-seuls porter la gloire de la réussite d’un modèle. Cependant, c’est là une occasion de se pencher sur des invariants. Dans les années 70, la Finlande entreprend une réforme nationale de son système d’éducation. Ce grand chantier aboutit à des choix qui résonneront jusqu’au niveau architectural : un cursus unique pour tous les élèves de 6 à 18 ans, des méthodes pédagogiques basées sur l’expérimentation, une grande autonomie des établissements et un fort ancrage territorial. Dans ces perspectives, les années 90 ont vu disparaître les normes architecturales scolaires. Les maîtres mots deviennent "ouverture, transparence et flexibilité". Il n’y a plus qu’un pas à penser le lieu à partir de ses usages : rares sont les salles de classe en disposition frontale, nombreux ateliers, conjugaison de zones calmes et d’endroits pour échanger... La réflexion sur l’espace se fait également prospective car "les bâtiments construits aujourd’hui devront répondre aux innovations pédagogiques de demain". La salle de classe doit d’abord être évolutive, modulable.

Mais est-ce le discours d’architectes ou de pédagogues ? On regrette le manque d’information sur la vie des locaux, leur appropriation par les élèves et leurs enseignants. La disposition des salles proposée sur les plans est-elle la vision de départ ou celle réellement mise en place ? Si l’architecture scolaire est effectivement à l’honneur, les impacts de cette architecture sur la pédagogie sont, eux, moins explorés. Parce qu’évidents ? "Un bâtiment scolaire est comme un village, avec ses groupes d’espaces, ses rues et ses places." Il semble en effet que la vision de l’école comme lieu d’interactions sociales soit consensuelle dans cet Eldorado éducatif. La plupart des établissements s’ouvrent ainsi à d’autres types activités en journée ou soirée (bibliothèques, réunions, associations...). Le partage des lieux et son inscription au cahier des charges pousse à la réflexion des rencontres possibles entre ces différents univers.

École de Viikki de l’Université de Helsinki pour la formation des enseignants, Cabinet d’architectes ARK-House, Helsinki 2004, photo Jussi Tiainen.

Une telle exposition serait-elle possible en France ? On serait tenté de répondre par l’affirmative : notre territoire porte lui aussi, au minimum, sa dizaine de projet innovants dans le secteur. Mais le discours qui l’accompagne ici correspond mal à l’approche française, où l’espace possède encore bien peu de place dans les pratiques des enseignants. De même, ceux-ci ne sont que trop rarement consultés en amont d’un projet de construction. Ainsi, l’architecture pourrait être l’ingrédient essentiel qui permettrait de raviver tous les autres, de la volonté d’innovation pédagogique à la coordination entre acteurs.

Les projets présentés sont pour le moins alléchants : ils donnent l’envie d’aller s’y promener... et qui sait, d’y travailler ? Pour tout ceux qui ne pourraient pousser l’exploration jusqu’en Finlande, il reste l’exposition !

La Meilleure École du monde, jusqu’au 28 avril 2012, Institut Finlandais, 60 rue des Écoles, 75005 Paris.

Texte : creative commons

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