Learning from Bataville
édito

Édito écrit par Sophie Suma, coordinatrice de cette saison. Les images sont issues des Archives départementales de Moselle.

Cet automne, Strabic rejoint le projet de recherche intitulé « Paysage(s) & Représentation(s) », soutenu par le laboratoire ACCRA (Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques) de l’université de Strasbourg. Un des axes du projet s’intéresse à des sites dont la planification exprime un récit mettant en scène le paysage et des interventions de transfiguration. Cette saison s’installe à Bataville, un lieu situé dans l’Est de la France, dont le projet traverse les frontières et intrigue par son histoire complexe.


⦿ La transfiguration du paysage vue par Philippe Descola, ou la notion d’artialisation d’Alain Roger, impliquent une transformation d’un état paysager naturel en un état paysager artificiel.

Quand on évoque le projet international des entrepreneurs des chaussures Bata, on pense au travail réformateur au sein des usines, à ses complexes hybrides urbains et ruraux, puis à son interruption violente à la suite de la faillite de l’entreprise en 2001. La marque tchèque a laissé derrière elle, des traces de son passage, des souvenirs, des bâtiments, des cités et des individus.

Même après la fermeture des ateliers de confection, l’aura de l’entreprise Bata est encore présente, les bâtiments de l’usine, les typologies spécifiques des habitations de la cité sont tout autant d’éléments mnémoniques nous rappelant qu’ici, des centaines de personnes vivaient et travaillaient sous l’impulsion d’une politique patriarcale du lever au coucher.


Le complexe français, implanté dans les années 1930 en pleine zone rurale mosellane sur le domaine d’Hellocourt est actif jusqu’en 2001. Aujourd’hui, il poursuit sa vie grâce à la volonté de ses habitants et de ceux qui souhaitent le préserver. D’ailleurs Bataville a fait parler d’elle ces dernières années, articles dans la presse, films, reportages, etc. Depuis 2002, ce lieu-dit, à la croisée de trois communes (Moussey, Réchicourt-le-Château et Maizière-les-vics), intrigue et révèle ses singularités, à tel point qu’il attire des artistes, des universitaires, des porteurs de projets...

⦿ Association présidée par M. Ghislain Gad.

En 2014, à la demande de l’association présente sur le site La chaussure Bataville, le Parc Naturel Régional de Lorraine, soutenu par la Communauté de Communes du Pays des Étangs et par d’anciens salariés des usines Bata, une œuvre est commandée à la Fondation de France, dans le cadre du projet de coopération interparcs et de l’action Nouveaux commanditaires, pour investir un espace reliant symboliquement le collectif à l’usine. Les membres de l’équipe de l’Université Foraine (UFO - Notre Atelier Commun de Patrick Bouchain) sont missionnés avec également l’appui de la Région, en septembre 2015, pour effectuer une analyse sur le devenir du lieu, organisant une permanence sur place.

Quelle est la représentation culturelle de Bataville ? Pourquoi commander une œuvre, ajoutant du symbole à un espace qui est lui-même le signe et la représentation d’une histoire et d’une époque ? Quels médiateurs pour ce projet social ?

Nous nous sommes intéressés à cette production de symboles et à ces commandes, ayant pour objectif de revaloriser un lieu qui perdait peu à peu son identité première et qui devait, seul, re-dynamiser son patrimoine et son quotidien économique. L’UFO, s’installant à Bataville avait pour objectif d’accompagner les acteurs locaux à co-construire la suite de leur histoire. On comprend alors que les notions de communauté, de collectif et de lieu comme « identité » sont fondamentales dans cette démarche. Nous devions mener notre travail en parallèle de ce dispositif, mais l’enseignement par l’observation de cet espace insulaire semblait indispensable.

Pour cela, nous avons imaginé un format de recherche in situ, qui nous permettra d’apprendre de Bataville, un peu à la manière dont les précurseurs du « Learning from », Robert Venturi et Denise Scott-Brown l’avaient initié dans les années 1970 avec leur travail sur la ville de Las Vegas. Sans pour autant nous plonger uniquement dans la dimension visuelle et sur la visibilité des images de Bataville, nous souhaitons, cependant, expérimenter les hypothèses que nous soulevons, par le témoignage des intermédiaires locaux, c’est-à-dire les bâtiments et les anciens "Batamen" – nom donné aux habitants de la cité qui travaillaient à l’usine Bata.

⦿ Joëlle Zask, Outdoor Art, La Sculpture et ses lieux, Paris, La Découverte, 2013, p. 118.

Deux types d’inscriptions visibles sur le territoire retiennent notre attention : d’une part, l’architecture industrielle, moderne, une vision de la « ville idéale » dans le paysage rural ; d’autre part, l’empreinte publique de l’art comme moyen de lier une culture à son site et « partenaire de la configuration d’un lieu ».

Ces axes de travail invitent à réfléchir de différentes manières : par une recherche scientifique, concrétisant des observations sous la forme d’une série de courts articles, et grâce à un workshops in situ avec des étudiants en art et en design (des universités de l’Est), tout en restant attentif aux habitants de la cité.

Voici notre expérience de Bataville !

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