Octavo
expérimentation vs lisibilité

Propos recueillis en février 2015 par Nolwenn Maudet

Entretien avec Sarah Garcin à propos de la revue Octavo. La jeune designer graphique est l’auteure d’un mémoire de diplôme intitulé Expérimentation graphique vs diffusion et lisibilité, réalisé à l’ENSAD en 2014 sous la direction de Catherine de Smet.

Strabic : Peux-tu nous présenter brièvement la revue Octavo ?

Sarah Garcin : Octavo est une revue de graphisme anglaise fondée et autoproduite entre 1986 et 1992 par le studio 8vo (Mark Holt, Hamish Muir, Michael Burke et Simon Johnson). Sa diffusion était assez restreinte : 3000 exemplaires par numéro ; elle est aujourd’hui quasiment introuvable. La revue, qui se concentrait sur les questions de mise en page et de typographie, compte uniquement huit numéros, ce qui était prévu dès l’origine car les auteurs ne voulaient pas s’épuiser. Le nom quant à lui vient du format d’édition octavo : la feuille est pliée trois fois, ce qui donne seize pages. La revue a été créée en photocomposition, une technique un peu d’arrière-garde quand au même moment la revue américaine Emigre expérimentait les nouveaux moyens offerts par la PAO.

À quel moment et pourquoi la question de la lisibilité de la revue s’est-elle posée ?

Les graphistes-éditeurs d’8vo se sont assez rapidement rendu compte qu’ils n’étaient pas lus. Les gens regardaient juste la revue comme un objet de design. Il y avait un problème d’équilibre entre la forme et le fond, la forme écrasait le contenu. Rick Poynor a écrit un article sur le sujet dans Eye Magazine en 1993 :

« Trop souvent dans les derniers numéros, les vanités structurelles submergent le contenu [...] Dans le numéro 7, les grilles jaunes vives semblables à des nappes vichy inondent les pages pendant que les légendes des images sont des références de la grille qui doivent être recherchées à l’arrière. »

Et dans ce même n° 7 d’Octavo, un article de Bridget Wilkins intitulé « Type and Image » et imprimé sur cette grille jaune notait :

« La plupart des gens qui achètent Octavo ne la lisent pas. »

Peut-on dire que pour les membres de la revue Octavo le texte n’était qu’un support pour leurs expérimentations sur la mise en page et la typographie ?

Non ! Ce n’est justement pas le cas car le texte n’a jamais été un prétexte pour eux. C’est bien le problème d’ailleurs. Il y a eu des textes très importants et fondateurs qui ont été publiés dans cette revue.

Comment les auteurs de la revue ont alors réagi à ce problème de lisibilité ?

Ils ont eu une attitude assez ambiguë : ils se sont défendus en affirmant réaliser cette revue pour les initiés, une revue qui corresponde aux exigences des graphistes et des typographes. Un peu pour eux-mêmes aussi, en voulant s’affranchir des contraintes habituelles de la publication pour le grand public.
Pourtant, ils s’en préoccupaient suffisamment pour y dédier un article dans le n° 7 et même tout le n° 8. Pour ce dernier numéro, ils ont voulu expérimenter le multimédia et ils l’ont réalisé sur CD-Rom. Ils imposaient alors un fil de lecture. Il y a des parties écrites qui sont ensuite lues par une voix-off. Cela crée une redondance, ils imposaient une gestion de la vitesse par le rythme de la voix et s’assuraient que le texte soit donc bien lu/entendu par le lecteur.

Ton mémoire soulève cette question sans y répondre : “Octavo était-elle trop difficile à lire ou bien les designers graphiques ne lisent pas et préfèrent la pratique à la théorie ?”

Pour moi, Octavo a mélangé deux choses : des textes importants qui font avancer la théorie du design graphique et la recherche graphique elle-même. C’est une situation qui est propre au graphisme, aucune autre discipline ne peut ainsi confondre la réflexion et la pratique, car un des objets du graphisme, c’est le texte. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de revues qui expérimentent avec la lisibilité. Mais il y avait également beaucoup moins de recherche théorique sur le design graphique à l’époque. Par exemple, il y avait très peu de chercheurs ; en France ils se comptaient sur les doigts de la main. Aujourd’hui, il existe des maisons d’édition comme B42 qui éditent des essais sur le graphisme et de nombreuses revues de qualité. Le contexte a changé.

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POUR ALLER PLUS LOIN :

• Sarah Garcin, Expérimentation graphique vs diffusion et lisibilité, Mémoire de fin d’études, ENSAD, 2014.

• « La Communication dans sa forme la plus intense », Azimuts n° 7/8, printemps 2011.

• Jérémie Baboukhian, « Octavo par 8vo », 2009.

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